Guide nutrition trail
Alimentation trail : la stratégie nutritionnelle pendant la course
Comment éviter le coup de pompe, gérer son estomac et tenir la distance sur un ultra-trail : glucides, eau, sodium et choix concrets tronçon par tronçon.
1. Pourquoi l'alimentation en course fait la différence
Sur un trail ou un ultra, le corps brûle entre 500 et 800 calories par heure. Les réserves de glycogène musculaire ne durent que 90 à 120 minutes. Sans apport extérieur régulier, l'hypoglycémie et le coup de pompe arrivent vite. L'alimentation en course vise à combler le déficit énergétique sans surcharger le système digestif, déjà sollicité par l'effort.
2. Les glucides : 60 à 90 g par heure
La recommandation actuelle pour les efforts de plus de 2h est de viser 60 à 90 g de glucides par heure. Au-delà de 60 g/h, il est utile de mélanger plusieurs types de glucides (glucose + fructose) pour maximiser l'absorption intestinale :
- Gels énergétiques : 20 à 25 g de glucides par gel. Pratique en descente ou sur plat.
- Barres céréales / énergétiques : apport plus dense, idéal quand on peut mâcher (montées, sentiers larges).
- Boissons énergétiques : 30 à 60 g par litre. Source liquide plus facile à digérer en fin de course.
- Aliments solides naturels : bananes, dattes, compotes, sandwiches au miel, quand l'estomac le tolère encore.
3. Hydratation et électrolytes
La déshydratation et la dilution des sels minéraux (surtout le sodium) sont une cause majeure d'abandon. Objectif : 500 à 750 ml d'eau par heure, ajusté selon la température et la sudation individuelle.
- Sodium : 200 à 700 mg par heure selon le taux de sudation. À compléter via boisson ou comprimés.
- Ne pas boire uniquement à l'eau pure sur les longues courses : risque d'hyponatrémie (taux de sodium trop bas dans le sang).
- Boire avant d'avoir soif, par petites gorgées régulières, toutes les 10-15 minutes.
4. Alterner sucré et salé
Au fil des heures, le palais se fatigue du sucre et l'estomac peut le rejeter. Alterner sources sucrées et salées aide à maintenir l'envie de manger :
- Chips de pommes de terre, bretzels, boudin noir (proteine + sel)
- Soupe chaude au ravito : réconfortante et riche en sodium
- Fromage, jambon, tartines salées pour varier les goûts
Cette alternance limite la nausée et permet de continuer à absorber des calories même après 6h, 10h ou 20h de course.
5. Gérer les crises digestives
Sur les ultra-trails, plus de la moitié des abandons ont une cause digestive ou nutritionnelle. Quelques règles pour limiter les dégâts :
- Rien de neuf le jour J : tous les produits doivent avoir été testés à l'entraînement.
- Manger tôt : dès la 1re heure, avant que le corps ne bascule en déficit.
- Fractionner les apports : 15-20 g de glucides toutes les 20 min plutôt qu'un gros bloc toutes les heures.
- Ralentir pour manger : il est plus facile de digérer en marchant qu'en courant fort.
6. Adapter son plan au terrain et au profil
Chaque tronçon a ses contraintes. Avec un plan de ravitaillement tronçon par tronçon, on peut ajuster finement :
- Montée longue : privilégier les solides (barres, fruits secs) car le rythme est plus lent.
- Descente technique : liquides et gels plus pratiques, difficile de mâcher en descente rapide.
- Grandes chaleurs : augmenter les apports liquides et le sodium, diminuer les solides gras.
- Nuit froide : soupes, thé sucré, aliments réconfortants pour maintenir la glycémie et le moral.
7. Le récapitulatif clé
60-90 g glucides/h · 500-750 ml liquide/h · 200-700 mg sodium/h · alterner sucré/salé · tester en entraînement. C'est la base d'une stratégie nutritionnelle solide pour tenir la distance sur n'importe quel ultra-trail.