RAVIT

Stratégie ravitaillement

Comment construire un plan de ravitaillement ultra-trail qui tient la distance

Tu connais ce moment. Kilomètre 80, la nuit tombe, et rien que l'idée d'avaler un énième gel sucré te soulève le cœur. Tes jambes vont encore, mais ton estomac a rendu les armes.

La vérité sur les abandons en ultra

La plupart des abandons sur ultra ne sont pas musculaires. Ils sont digestifs et énergétiques. Et ça, ça se joue bien avant le départ : dans la façon dont tu construis ton plan de ravitaillement.

Voici la logique que j'utilise pour bâtir un plan qui tient la distance. Trois principes simples. 👇

1. Comment calculer sa vraie cible nutritionnelle en ultra-trail ?

L'erreur classique : penser sa nutrition « à la louche ». « Un gel toutes les 45 minutes », « je bois quand j'ai soif ».

Le problème ? Tous les segments de ta course ne se ressemblent pas. Une longue montée ne demande pas la même chose qu'une descente roulante. Chaque portion entre deux ravitos a ses propres besoins : combien de glucides 🍭, combien de liquide 💧, combien de sel 🧂.

Un bon plan part de là : il calcule tes besoins portion par portion, puis répartit tes produits pour que chaque point de ravito alimente exactement la portion qui suit, jusqu'au prochain ravito.

Et surtout : il ne compte pas deux fois. Si ta boisson d'effort t'apporte déjà des glucides et du sel sur un segment, inutile d'empiler des gels par-dessus. On déduit ce que le liquide couvre déjà, et on complète en solide seulement ce qui manque. Résultat : un sac plus léger, et zéro surcharge de sucre inutile.

💡 Le petit détail qui change tout : ce que tu n'as pas consommé sur une portion n'est pas jeté. On le reporte sur la suivante. Ton ravito précédent t'a « avancé » de l'énergie ? Le suivant recharge moins. Logique, et redoutablement efficace.

Pour aller plus loin sur les bases, tu peux aussi lire notre guide sur quoi manger avant une longue sortie.

2. Comment éviter l'écœurement après 6 heures d'effort ?

C'est LE facteur qu'on sous-estime tous. Sur un ultra, ton palais fatigue avant tes jambes.

Deux règles que j'applique systématiquement :

  • On fait tourner les produits. D'un ravito à l'autre, on ne t'attaque pas toujours avec le même gel ni la même boisson. On alterne. Ton cerveau a besoin de nouveauté pour continuer à accepter de la nourriture.
  • On plafonne le sucre. Tu as besoin de sel, mais beaucoup de produits salés arrivent avec une dose de sucre en prime. Si aller chercher ce sel te fait dépasser 120 % de ta cible en glucides, on s'arrête. On préfère te signaler un petit manque de sel — que tu combleras avec des pastilles ou du bouillon — plutôt que de te gaver de sucre et de te dégoûter à mi-course.

Autrement dit : mieux vaut un léger déficit assumé qu'un excès qui te met à terre. L'écœurement, c'est la porte de sortie numéro un sur ultra. On la ferme.

💧 Côté hydratation, même philosophie : on mène par la boisson d'effort tant qu'il te manque des glucides, et on complète à l'eau pure au-delà. L'eau ne « dilue » jamais ton apport énergétique — chaque gorgée fait son vrai travail.

3. Comment sécuriser son plan sur toute la course ?

C'est le principe non négociable. Un plan de ravito doit couvrir toute la course. Sans trou.

Concrètement, ça veut dire :

  • On détecte les trous. Si une portion de ta course ne reçoit aucun ravitaillement — parce qu'un ravito ne propose pas de solide, ou que la boisson énergétique n'arrive qu'à mi-parcours — le plan te prévient et charge en amont de quoi tenir. Tu n'es jamais surpris.
  • On ne repart pas d'un ravito avec des fonds de gourde. Une gourde de boisson d'effort presque vide, on la finit (c'est de l'énergie précieuse). Un fond d'eau, on le vide et on repart propre. Pas d'accumulation absurde de liquide sur le dos.
  • Chaque ravito est un nouveau départ. Un manque sur une portion ne « plombe » jamais la suite : le ravito suivant recharge à neuf. Pas de dette qui se traîne sur 100 km.

En résumé

Un bon plan de ravitaillement, ce n'est pas « manger le plus possible ». C'est :

  • La bonne quantité, au bon endroit (ta vraie cible, portion par portion)
  • De la variété pour tenir dans la durée (anti-écœurement)
  • Zéro portion à découvert (sécurité)

Ton estomac tiendra aussi longtemps que tes jambes. Promis.

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